La pornographie fait irruption de plus en plus tôt dans la vie des jeunes, et l’âge moyen du premier visionnage est en chute libre depuis la démocratisation des smartphones.

Aujourd’hui, au sein de la société française, se pose un constat : la pornographie est devenue accessible partout et par tous. Elle touche des individus de plus en plus jeunes chaque année. En cause ; notre époque et notre environnement, au cœur desquels smartphones et écrans divers occupent une place prédominante, la pornographie se retrouve donc à la portée de tous. Ainsi, il est simple d’imaginer la facilité d’accès à n’importe quelle image, et ce, même pour un public jeune. Ici, nous nous pencherons plus particulièrement sur les conséquences du visionnage de contenu pornographique chez le public adolescent.

« La pornographie est devenue accessible partout et par tous »

L’adolescence est une période charnière dans la vie de l’individu. Parfois qualifiée de « passage », « crise » ou « étape », elle est avant tout synonyme d’un grand changement identitaire. Impliquant de nombreuses transformations physiques et psychiques, cette période nécessite obligatoirement des ajustements de la part de l’individu. Grâce à ces remaniements, l’adolescent travaille sur lui-même et mûrit sa personnalité ; c’est ainsi qu’il pourra trouver un certain équilibre et effectuer sereinement son passage à l’âge adulte.

« L’adolescence est une transition traversée par de nouveaux apprentissages et de nombreuses découvertes, particulièrement en matière de sexualité et de relation amoureuse ».

Cette transition est traversée par de nouveaux apprentissages et de nombreuses découvertes, particulièrement en matière de sexualité et de relation amoureuse. En se retrouvant face à l’inconnu, il est possible que l’ado rencontre des moments de fragilité ou de vulnérabilité, c’est pourquoi on parle plus communément de « crise d’ado ».

À ce moment, la place de l’adulte est primordiale, son rôle d’éducateur prend toute son importance car l’ado va avoir besoin de conseils, de réponses à ses questions pour se rassurer. Il a donc besoin de trouver dans son entourage, une oreille attentive avec qui il se sentira libre de parler. Pourtant, l’adolescence est marquée par une rupture entre ces générations, l’ado effectue, de façon consciente ou non, une mise à distance avec ses parents. Il a besoin de montrer qu’il peut être considéré comme un individu indépendant, un adulte en devenir. C’est ainsi qu’à cette période, puisqu’il s’éloigne de ses parents et du monde adulte, l’ado se rapproche beaucoup des autres jeunes de son âge et passe la majorité de son temps avec eux. Ensemble, ils se confient sur leurs ressentis, ils expérimentent de nouvelles choses et parfois s’entrainent dans des comportements dits « à risque ». Lors de cette période, ils ont besoin de se sentir « vivants », de tester leurs limites, et sont ainsi attirés par l’interdit et le danger.

Pour le Docteur Xavier Pommereau, psychiatre et spécialiste de l’adolescent en difficulté, lorsque l’ado prend des risques c’est pour tester ses liens de dépendance, pour revendiquer son autonomie, et pour rechercher le frisson. Tout cela « vise à se sentir distinct, singulier, différent. »1 Lorsque l’ado n’a personne à qui livrer ses doutes et questionnements, il peut entreprendre des recherches pour découvrir, seul, les réponses à ses interrogations. Cela peut être le cas pour la sexualité, elle attire les jeunes et leur pose question par son caractère inconnu. En regardant du porno, les jeunes pensent y trouver une grande source d’informations.

« Le risque est de considérer la pornographie comme le reflet de la réalité hors écran et de se construire une idée faussée du rapport sexuel. »

Les premières scènes pornographiques sont visionnées — si ce n’est avant — au moment de l’adolescence. L’ado peut regarder son premier film porno avec des amis, en couple avec son partenaire, ou encore seul dans sa chambre par exemple. Il peut le décider de son propre gré ou bien visionner ces images sans l’avoir choisi. Pour Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, regarder un film pornographique pourrait représenter une nouvelle forme de rite du passage à l’âge adulte. Quels sont les impacts de la pornographie sur les adolescents ? Peut-elle laisser des traces dans leur développement ? La pornographie n’est certainement pas sans conséquences. Nous pouvons en pointer plusieurs :

– On observe un impact sur la construction de la sexualité. Si le porno est le premier rite de passage vers la sexualité, alors les images visionnées deviennent un modèle de l’acte sexuel pour les jeunes. Le risque est de considérer la pornographie comme un reflet de la réalité hors écran, et ainsi de se construire une idée faussée du rapport sexuel. En pensant la pornographie comme réalité ou normalité, cela impacte toute la sexualité en général. Regarder du contenu pornographique engendre une vision mécaniste de l’acte sexuel car il met l’accent uniquement sur la technicité et la génitalité de la sexualité. Par exemple, les prises de vue favorisent des plans rapprochés sur la pénétration, il n’est pas question de sentiments ou de préliminaires, tout semble automatique. Cela conduit à une chosification du corps humain et de la relation sexuelle.

– Ces scènes véhiculent des images stéréotypées. Concernant le genre, les rapports hommes/femmes sont systématiquement faussés : la femme est presque toujours réduite à devenir un objet sexuel pour l’homme. Elle apparait, le plus souvent, soumise et présente pour satisfaire tous les désirs et fantasmes de ce dernier. L’homme, lui, semble être directement dans la performance, sans aucune place accordée à une sexualité autre que génitale. Les films pornographiques mainstream ont presque tous le même scénario, les mêmes rituels et réduisent la sexualité à des images stéréotypées. Ils ne laissent aucune place à l’imaginaire, pourtant très important dans la relation sexuelle. Dans la pornographie, tout est normé, surdimensionné et artificiel : la durée de l’acte, la taille des organes, les gestes, les positions. Les pratiques ne correspondent pas à l’intimité de la sexualité de chaque couple. Pour beaucoup d’adolescents, le risque est de considérer le porno comme un modèle à suivre pour leur propre sexualité.

– Enfin, il est important d’évoquer la violence. La normalisation de la pornographie peut s’accompagner de phénomènes de mimétisme : à mesure que l’ado regarde davantage de pornographie, la violence qu’il y voit va s’immiscer lentement dans la relation de couple. Sans en être toujours conscient, il va chercher à reproduire ce qu’il a vu. En pensant que la pornographie est représentative d’une sexualité adulte épanouie, il n’a pas forcément conscience de la portée de ses actes et peut penser que ces derniers symbolisent une preuve d’amour. Une certaine confusion peut s’installer. Or, dans la sexualité, peut-être davantage qu’ailleurs, la violence provoque de lourdes séquelles. Elles peuvent être plus ou moins graves et peuvent concerner la victime mais également l’auteur des violences.

Comment pallier cette situation ? Grâce à la la prévention et la sensibilisation auprès des adolescents. Le dialogue est fondamental pour les prévenir des conséquences de la pornographie, encore mal connues, les sensibiliser aux risques et leur montrer l’importance du consentement et du respect de l’autre.

Aujourd’hui comme hier, les adolescents ont soif de savoir. Ils sont curieux de tout, en particulier de sexualité. Face à leurs demandes légitimes, l’urgence est à la prévention, la sensibilisation et l’éducation. Il est nécessaire pour notre société qu’ils soient en mesure de percevoir la dimension artificielle et dangereuse de la pornographie : elle ne peut pas être prise en exemple pour leur sexualité ou servir de référence dans leur compréhension de la relation sexuelle. En effet, la sexualité n’est pas de l’ordre de la norme, elle est à construire avec l’autre.

We Are Lovers est à votre disposition pour échanger, en particulier avec vous les adolescents, sur la pornographie. Avec vous, nous voulons avertir chacun sur les conséquences du visionnage régulier de pornographie et grandir encore davantage dans la compréhension du consentement et du respect mutuel.

[1] Dr Xavier Pommereau, Le goût du risque à l’adolescence : le comprendre et l’accompagner, Albin Michel, 2016.


0 commentaire

Laisser un commentaire

Avatar placeholder

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.